Présentation
Transcription
Tout au long de sa carrière, George Sand a cultivé des liens avec le théâtre. C’est Augustine Brohan, comédienne à la Comédie-Française qui l’encourage à adapter un de ses romans à la scène. Sa première adaptation, François le Champi, créée au Théâtre de l’Odéon le 25 novembre 1849, est un succès.
Le drame Mauprat est l’aboutissement d’un an et demi de travail. Elle considère cette autoadaptation comme une « seconde création », comme elle l’affirme dans la préface de l’édition de Charlieu (1853), mais lorsque le roman présentait des dialogues entre les personnages, Sand les a très souvent réutilisés quand c’était possible. De même, les didascalies utilisées par Sand montrent qu’elle n’hésite pas à transférer le texte descriptif du roman dans le texte qu’elle écrit pour la scène.
Si certains épisodes majeurs du roman sont omis (l’éducation de Bernard, son séjour américain, le procès final), la pièce éclaire en retour des zones d’ombre du récit originel, en donnant voix à des aspects parfois tus par le narrateur. Cette version dramatique devient un outil intéressant pour interroger les silences et les choix de focalisation du roman.
BERNARD, EDMÉE
Edmée inquiète s’est replacée près de la fenêtre. Bernard se lève en trébuchant. Il va fermer la porte de côté, puis celle du fond. Il fait de gros efforts pour rassembler ses idées et affermir ses jambes. Puis il [va] sur le milieu du théâtre sans qu’Edmée ait fait attention à lui.
BERNARD, la regardant.
Quels habits ! C’est un plumage de bohémienne. C’est hardi comme un garçon, j’en suis sûr ! ou ça ne demande qu’à s’apprivoiser… Le cœur ne m’en dit point, non ! Ce n’est pas là ce que je voulais. Je vas toujours l’embrasser, ça ne coûte rien…
Il s’approche d’elle lourdement. Edmée tressaille et se retourne, étonnée.
EDMÉE
Que voulez-vous, monsieur ?
BERNARD
Rien ! quel air ! Je veux vous dire, mademoiselle… que… ma foi ! Je vous trouve jolie, et vous me plaisez ! Aussi vrai que je m’appelle Bernard Mauprat.
EDMÉE
Bernard Mauprat ! Vous êtes Bernard Mauprat ? vous ? En ce cas, changez de langage. Vous ne savez donc pas à qui vous parlez ?
BERNARD
Non, mais je le devine du reste !
EDMÉE
Si vous le devinez, comment est-il possible que vous me parliez comme vous faites ? On m’avait bien dit que vous étiez mal élevé, et pourtant j’avais toujours souhaité de vous rencontrer.
BERNARD
Vrai ? Tiens, pourquoi donc ? vous vouliez savoir si je suis aussi galant que mes oncles ?
EDMÉE
Vos oncles ? Pourquoi me parlez-vous de vos oncles ? Dieu merci, je ne les connais pas.
BERNARD
Oh ! Cette bêtise ! Vous me paraissiez les écouter avec complaisance tout à l’heure.
EDMÉE
Tout à l’heure ?… C’était là les Mauprat… Oh mon Dieu, ils sont à Rochemaure ?
BERNARD
Qu’est-ce qu’elle parle de Rochemaure ? Après ça le nom commence de même et nous sommes d’aussi bonne roche que qui que ce soit.
EDMÉE
La Roche-Mauprat ! Je suis à la Roche-Mauprat !
Elle tombe sur une chaise, glacée de peur.
BERNARD, la regardant avec surprise.
Eh ça ! Qu’est-ce qu’elle a donc ? Bah ! c’est pour rire ! C’est quelque saltimbanque ! […] et on dit que ces filles-là font toutes les grimaces qu’elles veulent ! (Allant vers la porte du fond.) Je suis sûr qu’ils sont là, qu’ils écoutent et qu’ils se moquent de moi, parce que je suis honteux, parce que je suis dupé. Allons, mademoiselle, ne faites pas semblant d’avoir peur de moi, vous savez bien que… (Il s’approche, elle se lève avec effroi.)
EDMÉE
Bernard Mauprat ! Il est impossible que vous soyez un infâme comme ces brigands que je viens de voir et dont je sais la vie infâme. Vous êtes jeune, votre mère était belle et sage. Mon père voulait vous élever, vous adopter. Encore aujourd’hui il regrette de ne pouvoir vous tirer du bourbier où vous êtes tombé !
BERNARD.
Quel père ? Vous avez un père, vous ?
EDMÉE
Oui, mon père, le chevalier Hubert de Mauprat, votre grand-oncle.
BERNARD
Allons donc ! ça n’est pas possible ! D’ailleurs qu’est-ce que ça me fait ? Je ne le connais pas !
EDMÉE
N’avez-vous pas reçu de message de sa part ?
BERNARD
Moi ? jamais !
EDMÉE
Quoi ? Vous n’avez pas répondu avec hauteur, avec aversion à ses avances ?
BERNARD
Quelles avances ?
EDMÉE
Il voulait vous arracher à ce repère de bandits, faire de vous un honnête homme !
BERNARD
Vous croyez donc que je ne suis pas un honnête homme ? Ah oui, voilà vos idées, vos paroles, vos mépris, à vous autres ! Eh bien nous sommes ennemis, je le sais, c’est pour cela que nous allons faire la paix en nous embrassant, n’est-ce pas ?
EDMÉE
Bernard, ne m’insultez pas ! Mon Dieu ! pourquoi m’insultez-vous ? Que vous ai-je fait moi ? Songez aux liens du sang, je suis votre parente, votre tante à la mode de Bretagne.
BERNARD […]
Vous, ma tante ? Tiens, c’est vrai ! Alors ma tante doit embrasser son neveu. Embrassez-moi donc ma tante !
EDMÉE
Bernard, vous me haïssez, je le vois, puisque vous voulez m’attraper.
Tab 3
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Mauprat : versions multiples autographes. Bibliothèque de l’Institut de France, Ms. Lovenjoul E 846, f 84r-84v.

Mauprat : versions multiples autographes. Bibliothèque de l’Institut de France, Ms. Lovenjoul E 846, f 84r-84v.
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