GEORGE SAND une femme libre face à son siècle

| Lettre de Mme de Mondonville à George Sand

| Janvier 1836

Présentation

Transcription

George Sand a abondamment correspondu avec ses contemporains : on dénombre presque 20 000 lettres et pas moins de 2 000 correspondants. Parmi eux, les plus grands écrivains et artistes de son temps, des hommes politiques, mais également une multitude de correspondants « ordinaires », admirateurs, simples lecteurs, comme Madame de Mondonville. Malgré le succès qu’ont rencontré ses romans, elle n’a pas manqué d’essuyer des commentaires malveillants, ceux de Baudelaire notamment. Les sujets qu’elle choisit, la manière dont elle les traite, lui valent également plusieurs mises à l’Index.

Dans ses premiers romans des années 1830, c’est la figure du couple, du mariage et des inégalités entre hommes et femmes, que George Sand met au cœur de ses histoires : Indiana (1832), Valentine (1832), Lélia (1833). C’est probablement l’un de ces livres qui est évoqué par Madame de Mondonville dans sa lettre.

Lettre adressée à Madame G. Sand

Janvier Paris 1836

Madame

C’est la femme la plus inconnue qui écrit à la femme la plus illustre de son époque, qui lui écrit en se disant que sa lettre sera peut-être rejetée avec mille autres remplies d’éloges et de critiques. Car si celle qui écrit ces lignes n’a point de célébrité, elle a vécu près d’elle et sait comme on la traite. C’est donc au Dieu qui lit dans nos cœurs, au Dieu de bonté et de tolérance qui doit être le vôtre, comme il est le mien, que je demande que vous me lisiez et que la sincérité de ma conviction, suppléant à mon peu d’éloquence, arrive à votre cœur et parvienne à le toucher.

En proie à un de ces chagrins qui ne pourrait fournir une scène à un drame, ni un chapitre à un roman, mais qui déchirent l’âme et altèrent quelquefois les sources de la vie, j’ai cherché dans la lecture de l’un de vos ouvrages, l’oubli passager à de tristes pensées.

En commençant votre livre, j’étais découragée, je vous le jure, Madame, en l’achevant, j’étais au désespoir. Mille passages me faisaient admirer votre génie, mais pas un seul qui ne tombât comme un poids affreux sur mon âme déjà si oppressée : une amère dérision sur les sentiments les plus purs, une constante opposition aux devoirs les plus sacrés, et au fond, toujours cette pensée désolante, pourquoi naitre ? pourquoi vivre ? J’étais alors trop disposée à vous croire pour ne pas subir dans toute sa puissance, votre magnétique pouvoir, et j’ai fléchi sous lui pendant toute une nuit d’anxiété et de désespoir.

Mais éclairée enfin par un appel fait à ma conscience, à l’instinct naturel qui nous porte, sinon à créer, au moins à honorer le bien, à admirer le beau, j’ai ressenti pour vous, pour l’emploi de votre admirable talent, une grande pitié, et j’oserais vous le dire, une profonde indignation.

Mon Dieu, me suis-je écrié, cette femme qui a un cœur, car elle sent, aime et peint admirablement les beautés de la nature, cette femme ignore donc le mal qu’elle fait, le bien qu’elle pourrait faire ; si généreusement douée par son créateur, elle calomnie la vie, qu’il lui a faite si belle, et son éloquence prêche avec ardeur la désertion de leurs postes à des compagnons que sa parole pourrait soutenir, car elle possède une source intarissable de consolation pour le présent, d’espérances pour l’avenir. D’un jet de son génie, peuvent jaillir des idées bienfaisantes pour nous qui marchons avec elle et pour les générations qui la suivront et la croiront. Elle peut jeter au loin les pierres, combler les précipices, éclairer la route si pénible à parcourir souvent.

Oui Madame, vous repoussez obstinément la plus belle des missions, vous usez vos belles facultés au profit de cœurs que vous appelez les faibles et qui sont les forts de notre époque ; vous prêchez la révolte contre l’oppression conjugale qui n’est plus guère dans nos mœurs, et vous tonnez contre l’autorité paternelle, bien qu’il y ait, vous en conviendrez, bien plus de fils ingrats aujourd’hui que de pères despotes. Vous combattez à outrance d’anciennes puissances, qui sont, vous en conviendrez encore, au moins en voie de concession. C’est aux vainqueurs que vous prêtez si généreusement votre tout puissant appui.

Écoutez Madame, écoutez une voix amie, mère vous-même, écoutez celle qui a frémi en voyant votre livre lu avidement par ses fils. Il en est temps encore : créez un nouvel évangile de consolation et de vertus. On ne peut, avec tant de génie, avoir été créé que dans l’intérêt de l’humanité entière. Ne trompez pas ses vues, apôtre de raison et de lumière. Lord Byron a été touché de la prière que faisait pour lui chaque matin une jeune fille qui ne le connaissait point, et qui demandait à Dieu qu’il fît un meilleur emploi de son talent : accueillerez-vous la mienne, dictée par une bien vive admiration et un vif désir de voir accomplir une belle et glorieuse destinée ?

E. B. M.

[Madame de Mondonville]

Tab 3

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Points d’attention pour une analyse :

  • Quels reproches Mme de Mondonville fait-elle à George Sand ?
  • Relever les passages qui montrent l’admiration de Mme de Mondonville pour le talent de George Sand.

En classe

Points d’attention pour une analyse :

  • Quels reproches Mme de Mondonville fait-elle à George Sand ?
  • Relever les passages qui montrent l’admiration de Mme de Mondonville pour le talent de George Sand.