Le coup d’État du 2 décembre 1851 de Louis-Napoléon Bonaparte entraîne une répression massive contre les républicains. Dans de nombreux départements, les opposants sont arrêtés, emprisonnés, déportés en Algérie ou envoyés au bagne. Le Berry, région d’origine de George Sand, n’est pas épargné : plusieurs de ses proches amis et connaissances, militants républicains ou simples sympathisants, sont poursuivis. Sand, attachée aux idéaux de 1848, intervient à plusieurs reprises pour tenter d’obtenir leur libération, comme on le voit dans sa correspondance avec les autorités.
Lors du coup d’État du 2 décembre 1851 et de ses suites immédiates, George Sand nourrit quelques espoirs dans le prince-président, pensant pouvoir tempérer la répression, qu’elle déplore pourtant profondément. Elle entreprend alors de nombreuses démarches en faveur des victimes, s’adressant à plusieurs ministres, dont Victor de Persigny, et écrit au moins deux fois directement à Louis-Napoléon Bonaparte à la mi-janvier 1852. Une audience lui est accordée le 29 janvier, mais elle n’obtient ni l’amnistie générale qu’elle sollicite, ni même celle des condamnés de son département, seulement quelques grâces particulières. De nouvelles suppliques aux autorités et une audience du chef de l’État le 6 février sont suivies des mêmes résultats, ce qui finit par la décourager. Elle estime n’avoir pu sauver que cinq ou six personnes et perd toute illusion sur Louis-Napoléon, devenu Napoléon III, et se montre très critique vis-à-vis de son autoritarisme.
Dans cette lettre au ministre de l’Intérieur, Victor de Persigny, George Sand plaide pour la libération de ses amis, républicains du Berry, dont elle dresse la liste. En réponse Persigny l’informe, le 1er avril 1852, que Fulbert et Émile Aucante obtiennent un sursis d’un mois avec obligation de résider à Nohant.
Pendant ce séjour Fulbert sollicite l’intervention de George Sand pour ses codétenus et obtient finalement, le 10 avril, une grâce commuant son expulsion en internement, c’est-à-dire en assignation à résidence ; il choisit cependant de se réfugier à Jersey pour conserver sa liberté d’action. Quant à Émile Aucante, condamné à l’exil par la commission mixte, il obtient d’être interné à Nohant chez George Sand, où il devient son secrétaire et un précieux collaborateur.
Monsieur,
Le prince Napoléon Bonaparte me dit de votre part que vous admettrez ma demande pour plusieurs détenus de mon département. J’y comptais bien, puisque vous avez bien voulu m’entendre vous parler en leur faveur. Sur le conseil du prince, je vous envoie, de nouveau, les noms de ceux auxquels je m’intéresse particulièrement, et dont je vous ai déjà désigné quelques-uns que vous avez acceptés généreusement. Mais le prince veut que ses efforts aient servi aussi à ma satisfaction, et qu’en son nom j’obtienne de vous encore quelques élargissements. Il me dit : Osez, Monsieur de Persigny est bon, il ne voudrait pas me laisser croire que je suis absolument impuissant à seconder les vues généreuses qu’il a émises lui-même. Je vous ai demandé d’être impartial et juste, et de ne pas regarder la pensée comme un attentat. Mais si vous ne vouliez qu’être bon pour moi, j’accepterais encore avec beaucoup de reconnaissance et toute la sincérité d’un cœur qui a bonne mémoire du bien.
George Sand
Paris, 3 janvier 1858
Rue Racine 3
Déjà désignés : Émile Aucante, Alphonse Fleury, Ernest Périgois, Fulbert Martin, Lebert – notaire ; de La Châtre.
Patureau-Francoeur, vigneron à Châteauroux
Alexandre Lambert – (mourant.)
Desmousseaux de Châteauroux
Vallette – charpentier à Châteauroux peu ou point républicain que je sache. Suspect pour avoir refusé de dresser la guillotine pour un criminel, 6 mois avant les événements.
Lumet – vigneron à Ossoudun.
Il s’agirait plutôt du 3 février 1852.
Issoudun.