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Présentation
Transcription
Le Corsaire, sous-titré Journal des spectacles, de la littérature, des arts et des modes, est un quotidien parisien, publié de 1823 à 1858. Sous couvert de littérature et de chronique des mœurs, il abordait volontiers les débats politiques.
Dans son numéro du 27 août 1848, un article signé A. D. (pour Achille Denis), s’appuyant sur un extrait de l’enquête relative au 15 mai 1848 (« Le ministre est autorisé à s’entendre avec madame George Sand, pour fournir des articles aux Bulletins de la République »), laisse entendre que l’écrivaine aurait été rémunérée par les deniers publics et réclame d’en connaitre le montant.
Dans cette lettre datée du 8 septembre 1848, George Sand répond à cette polémique déclenchée par le journal et remercie Étienne Arago d’avoir pris publiquement sa défense. Elle insiste sur le fait qu’elle n’a jamais perçu ni même envisagé de rémunération pour les Bulletins ou les missions qui lui avaient été confiées par le ministère de l’Instruction publique.
À cette lettre, en est jointe une deuxième, datée du 16 septembre, dans laquelle George Sand exprime à la fois son amertume vis-à-vis de certains hommes politiques et son désir de laver publiquement son honneur.
La réponse de George Sand et celle d’Étienne Arago sont finalement publiées dans le journal La Réforme, le 30 septembre 1848.
À Étienne Arago
Cher ami, je vous retrouve et vous reconnais toujours quand il y a à faire acte d’attachement fidèle et de chevalerie française. Je vous remercie de vouloir prendre ma défense et je vous la confie de tout cœur. J’ignorais l’attaque du Corsaire1, et sans vous je l’ignorerais encore, car personne excepté vous, ne m’en a avertie. Chacun pense à soi dans ces temps malheureux. Votre lettre au Corsaire est excellente2, seulement vous pouvez être plus affirmatif encore, et dire qu’il n’a jamais été question d’un salaire quelconque pour le petit travail que j’ai fait pour les bulletins, non plus que pour ceux qu’on m’avait confiés au ministère de l’instruction publique. On ne m’a jamais proposé d’argent, on avait eu la délicatesse de comprendre que dans les circonstances exceptionnelles où se trouvait notre pauvre jeune république, une pareille proposition m’aurait blessée.
Je vous écris en courant, me réservant de le faire dans deux ou trois jours, ainsi qu’à M. Gouin3 que je remercie aussi en courant, mais de tout cœur.
Adieu pour ce soir, mon ami. Dans cette douloureuse expérience que nous avons faite des hommes et des choses, j’ai la consolation d’avoir trouvé en vous un homme et un ami fraternel.
George Sand
8 septembre 48, Nohant
1 Le Corsaire, 27 août 1848.
2 La réponse d’Arago au Corsaire sera finalement publiée dans La Réforme du 30 septembre 1848, avec celle de George Sand.
3 Peut-être Alexandre Goüin, banquier et député monarchiste, spécialiste des questions financières.
Tab 3
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Lettre de George Sand à Étienne Arago (8 septembre 1848). Bibliothèque de l’Institut de France, Ms. Lovenjoul E 912, f. 64.

Lettre de George Sand à Étienne Arago (8 septembre 1848). Bibliothèque de l’Institut de France, Ms. Lovenjoul E 912, f. 64.
Présentation
Transcription
Le Corsaire, sous-titré Journal des spectacles, de la littérature, des arts et des modes, est un quotidien parisien, publié de 1823 à 1858. Sous couvert de littérature et de chronique des mœurs, il abordait volontiers les débats politiques.
Dans son numéro du 27 août 1848, un article signé A. D. (pour Achille Denis), s’appuyant sur un extrait de l’enquête relative au 15 mai 1848 (« Le ministre est autorisé à s’entendre avec madame George Sand, pour fournir des articles aux Bulletins de la République »), laisse entendre que l’écrivaine aurait été rémunérée par les deniers publics et réclame d’en connaitre le montant.
Dans cette lettre datée du 8 septembre 1848, George Sand répond à cette polémique déclenchée par le journal et remercie Étienne Arago d’avoir pris publiquement sa défense. Elle insiste sur le fait qu’elle n’a jamais perçu ni même envisagé de rémunération pour les Bulletins ou les missions qui lui avaient été confiées par le ministère de l’Instruction publique.
À cette lettre, en est jointe une deuxième, datée du 16 septembre, dans laquelle George Sand exprime à la fois son amertume vis-à-vis de certains hommes politiques et son désir de laver publiquement son honneur.
La réponse de George Sand et celle d’Étienne Arago sont finalement publiées dans le journal La Réforme, le 30 septembre 1848.
À Étienne Arago
Nohant, 16.71.48
Cher ami, j’ai recommandé à ma fille adoptive, qui est à Paris, de m’envoyer le n° du Corsaire où paraitrait votre lettre. Je ne le reçois point et je crains que le Corsaire n’ait pas voulu l’insérer. Je désirerais bien qu’en prenant acte de ce refus déloyal, vous fissiez paraitre cette lettre dans La Réforme, ou simplement quelques lignes pour me défendre contre l’accusation de vénalité qui me chagrine et que vous ne voudrez pas laisser peser sur moi. Déjà, devant les faits inexacts du rapport, j’avais voulu faire paraitre une lettre, pour prévenir le soupçon qui s’est changé depuis en accusation calomnieuse. Mr Ledru-Rollin n’a pas été chevalier français dans cette circonstance. Il m’a détournée de l’idée de me disculper, et selon moi, il aurait dû blâmer hautement les personnes qui avaient fait de moi une sorte de bouc émissaire ; attitude très lâche de la part d’hommes politiques, envers une femme dont ils n’auraient jamais dû livrer le nom à la publicité. S’il eût été urgent de le faire, ils auraient dû m’en laisser prendre l’initiative comme je le voulais dès le principe. Mais après m’en avoir empêchée, ils ont fait de moi l’objet d’une sorte de dénonciation. Je conçois ce dernier article de la part de Mr Jules Favre, mais non de celle de Carteret2, et, quant à Mr Ledru-Rollin, je m’étonne qu’il n’y ait pas eu la moindre intervention de sa part dans ce détail de l’enquête.
Vous savez que je sais faire bon marché de ma personnalité mais il y a certaines calomnies qu’on ne peut démentir en deux mots, et je ne sais pourquoi on exigerait de moi une abnégation qui ne profite à personne. Veuillez donc me dire, cher ami, si vous pouvez le faire, et sinon, si quelque motif que je ne puis savoir, vous en empêche, avertissez-moi afin que je le fasse moi-même en m’adressant au premier journal venu.
Je vis ici tranquillement, mais tristement pensant souvent à tout ce que nous avons vu et pensé ensemble. J’écrirai cette histoire-là quelque jour, mais j’espère qu’alors la conclusion sera venue, pour donner raison au sentiment que j’ai et au jugement que je porte des hommes et des choses. Il me sera doux, du moins, d’y retrouver des noms amis, et de n’avoir dans mon cœur ni dans ma conscience aucun regret d’avoir cru en eux.
Je fais le métier de solliciteur auprès de Mr Gouin, en le priant de me rendre Mr Étienne Arago favorable. À mon tour, je prie monsieur Arago, de m’appuyer auprès de Mr Gouin. Je demande des choses modestes pour de modestes et honnêtes gens.
Répondez-moi de suite, mon ami, car tout cela a trainé en longueur. S’il est trop tard pour que votre lettre soit insérée, il sera encore temps pour la mienne, parce que j’ai pu ignorer jusqu’à ce jour les attaques dont je suis l’objet.
À vous de cœur.
George Sand
J’ai eu aussi des nouvelles d’Emmanuel mais non par lui, comme de raison.
1 Septembre.
2 Peut-être Nicolas Henri Carteret.
Tab 3
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Lettre de George Sand à Étienne Arago (16 septembre 1848). Bibliothèque de l’Institut de France, Ms. Lovenjoul E 912, f. 65-66.

Lettre de George Sand à Étienne Arago (16 septembre 1848). Bibliothèque de l’Institut de France, Ms. Lovenjoul E 912, f. 65-66.

Lettre de George Sand à Étienne Arago (16 septembre 1848). Bibliothèque de l’Institut de France, Ms. Lovenjoul E 912, f. 65-66.
Points d’attention pour une analyse :
- Ce que cette lettre révèle de la place de George Sand dans la vie publique et politique de l’époque.
- Ce que cette lettre révèle des rapports entre la presse, la politique et l’opinion publique à l’époque.
Le Corsaire
27 août 1884
© Bibliothèque nationale de France, département Bibliothèque-musée de l’opéra, PI-577.
La Réforme
30 septembre 1884
© Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, GR FOL-LC2-1553.

Étienne Arago (1802-1892), benjamin des six frères Arago, fut écrivain, dramaturge et homme politique. Acteur de la révolution de février 1848, il combattit sur les barricades, s’empara de l’Hôtel des Postes dont il devint directeur, et y introduisit l’usage des timbres-poste, tandis que son frère François siégeait au gouvernement provisoire. Élu en avril 1848 à l’Assemblée constituante, il s’opposa vigoureusement au parti de l’Ordre ; condamné en juin 1849, il se réfugia en Belgique, avant de rentrer en France en 1859. Il exerça plus tard les fonctions de maire de Paris, de septembre à novembre 1870.
Étienne Arago
Nicolas-Eustache Maurin, lithographie, positif sur papier albuminé, 1854-1870.
© Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE QB-370 (110)-FT4.