D’après la 7e édition du Dictionnaire de l’Académie française (1878), la Gigogne est le nom d’un personnage du théâtre des marionnettes : une mère Gigogne est une femme qui a de nombreux enfants. Représentée comme une femme énorme, en général grotesque, dont la multitude d’enfants sortent de sa jupe, elle symbolise la fécondité exubérante. Au XIXe siècle, le terme peut parfois désigner, de manière ironique ou moqueuse, une femme envahissante.
George Sand n’échappe pas à la « fièvre caricaturale » qui, selon Baudelaire, s’empare de la monarchie de Juillet. Elle sera caricaturée pendant toute sa vie littéraire. C’est à la fois la femme, la femme écrivain et la femme politique qui seront visées.
Ce portrait-charge a probablement été réalisé en 1848 à Bourges, par un certain Eugène Gaucher. Ayant peu circulé à l’époque, il est publié dans Le Monde illustré du 16 août 1884, un numéro en hommage à George Sand à l’occasion de l’inauguration de sa statue à La Châtre.
À la différence d’autres caricatures, George Sand est ici représentée comme une belle femme, portant une robe et cravache à la main. Au premier rang, reconnaissables de leurs contemporains, sont représentés Alphonse Fleury, Charles Duvernet, Gabriel Planet, Alexis Duteil. Ce sont les amis qu’elle a pourvus de places dans l’Indre, le Cher et ailleurs après la révolution de 1848 : de dessous ses jupes sortent tous ses enfants politiques dans le costume ou avec les insignes des fonctions qu’ils vont exercer.