
Lettre de George Sand à Henri Martin (mars 1848). Bibliothèque de l’Institut de France, Ms. Lovenjoul E 914, f. 383-385.

Lettre de George Sand à Henri Martin (mars 1848). Bibliothèque de l’Institut de France, Ms. Lovenjoul E 914, f. 383-385.

Lettre de George Sand à Henri Martin (mars 1848). Bibliothèque de l’Institut de France, Ms. Lovenjoul E 914, f. 383-385.

Lettre de George Sand à Henri Martin (mars 1848). Bibliothèque de l’Institut de France, Ms. Lovenjoul E 914, f. 383-385.

Lettre de George Sand à Henri Martin (mars 1848). Bibliothèque de l’Institut de France, Ms. Lovenjoul E 914, f. 383-385.

Lettre de George Sand à Henri Martin (mars 1848). Bibliothèque de l’Institut de France, Ms. Lovenjoul E 914, f. 383-385.
Lettre de George Sand à Henri Martin, mars 1848
Mon ami, à peine arrivée, me voilà prise par l’organisation de notre république de province. J’ai tant à cœur mon cher Berry, que je voudrais n’avoir de devoirs à remplir que là. Je me hâte de chauffer tous ceux qui m’aiment. Que ne puis-je être auprès de tous à la fois ! Mais que la province ressemble peu à ce foyer sacré du peuple de Paris ! […] Ce qui nous manque absolument ce sont des initiateurs. […] Le miracle des masses en contact, ce grand mouvement divin qui se fait dans l’âme des hommes réunis par une action en commun, ne se fait pas sentir à distance. Il n’y a que l’enseignement, la prédication de la presse et de la parole qui puissent remédier à cette absence d’émotion, mais il faudrait un peu de temps et nous allons si vite ! Je suis d’avis de ceux qui voudraient que le gouvernement provisoire gardât un peu plus longtemps l’initiative afin que ses délégués eussent le temps d’agir et de convertir, à l’aide de leurs amis, cet esprit tiède et stupéfait des provinces.
Nous avons essayé de former hier un premier aperçu de la liste des 7 députés de l’Indre. J’ai fini par faire comprendre et adopter la nécessité de porter un candidat ouvrier et un candidat paysan. Cette pilule passe difficilement dans le gosier de la bourgeoisie, et pourtant c’est bien peu pour le peuple, deux députés sur sept ! Ce qu’ils craignent le plus c’est que le peuple lui-même ne refuse son adhésion à ces hommes pris dans son sein. Mais je crois qu’ils se trompent, que le peuple n’admire pas tant la bourgeoisie que la bourgeoisie ne l’imagine, habituée qu’elle est à commander et à représenter. Je crois que la contagion de Paris se fera bientôt sentir, et que le peuple aimera son droit quand on le lui fera connaître et apprécier. En tête de notre liste j’ai placé votre nom, et tous mes amis en sont fiers. […] La députation c’est le rôle le plus important à prendre, et dans ces pays-ci vous seriez la tête et le cœur de tous. Songez que l’on trouvera aisément 7, 8 ou 9 hommes honnêtes et courageux par département, mais qu’un seul sera intelligent, et que l’ action ne sera bonne qu’autant que ces groupes agiront comme un seul homme sous la direction d’une tête forte et bien meublée. […]
Répondez-moi, dites-moi de quel temps, de quelles semaines ou de quels jours vous pourriez disposer, et d’après votre réponse, nous saurons si l’affaire serait douteuse ou certaine, car tout dépend de vous, de votre présence parmi nous.
Je ne sais encore ce que je vais faire. Il y a tout à faire que je ne sais où m’y prendre. J’attends que mes amis organisent un journal à Paris, mais je ne me croiserai pas les bras jusque-là. Je ferai des brochures pour Paris et pour le Berry, en styles différents.
Répondez, mon ami, et vive la République dans tous les cas. C’est ce que nous pouvons nous dire de plus fraternel et de plus vivant.
À vous de cœur
George Sand
Nohant par La Châtre. Indre
Jeudi matini
i Si la lettre est bien datée de mars, il pourrait donc s’agit du 9 ou du 16 mars, période pendant laquelle elle est à Nohant.
Points d’attention pour une analyse :
- Les éléments qui témoignent de l’engagement politique de George Sand en 1848.
- Les différences entre Paris et la province pour l’autrice et ses objectifs.

Henri Martin, écrivain et historien républicain, s’est fait connaître sous la monarchie de Juillet par son Histoire de France, une vaste fresque nationale marquée par un esprit libéral et patriotique qui propose une lecture continue de l’histoire de France orientée vers l’avènement de la République. Après une tentative infructueuse en avril 1848 comme candidat dans l’Aisne, il sera finalement élu député en 1871, au début de la Troisième République. Élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques cette même année, il rejoindra l’Académie française en 1878, succédant à Adolphe Thiers.
Henri Martin
Anonyme, photographie, 1855-1890.
© Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, 4-NF-46 (6).